FRAGONARD

FRAGONARD

Fragonard à New-York. Chapitre 3 : HELLO DOLLY

HELLO DOLLY

 

 

― « Alors tu as bien compris n’est-ce pas ? Et surtout tu ne fais pas le malin. »

Moi ? Faire le malin ! Jamais ! Pfftt !

― « Marie-Laure est une amie de longue date, nous ne nous sommes pas revues depuis son mariage mais j’ai le souvenir qu’elle était très… »

Chochotte ?

― « Raffinée. Alors, tu n’aboies pas, tu ne renverses pas tout, tu ne t’affales pas sur les cousins. Tu ne bouges pas .Elle nous a invités pour le thé et je suis à peu près sûre qu’elle va sortir le grand jeu. COMPRIS ? »

La voix d’Aurore monte d’un ton.

― « Et toi, Jean, tu ne la contredis pas ! »

Hé bien, ça va être d’une gaieté ! Encore une après-midi à dormir !

Que d’un œil, que d’un œil ! Car…

 

*****

 

― « Aurore, tu es toujours la même ! Comme je suis heureuse de te revoir enfin ! Trente ans tout de même. Entre vite.

Et vous, Jean, vous avez l’air en pleine forme.

Oh et voilà notre jeune ami, notre héros ! Je l’ai vu à l’écran hier. »

Elle se précipite à la rencontre de Fragonard.

Oh, la, la, stop l’admiratrice !

Finalement elle effleure à peine Fragonard de ses longs ongles superbement laqués sous le regard parfaitement déçu du chien.

― « Viens vite faire la connaissance de Dolly, mon mignon. Tu verras, elle va te plaire. Elle est si belle. Irrrrrrrrésistible. »

Elle fait un clin d’œil à Aurore et lance :

― « Je fais tu speed-dating canin ! » D’un geste théâtral, elle s’enfouit le visage entre les mains pour cacher un début de fou-rire.

Elle fait comme La Castafiore ! Parce que moi, je suis les aventures de Milou ! Mes classiques, je les connais !

« Elle va te plaire »… «  Elle est irrrrrésistible »… Pour qui se prend-elle ? Je sais choisir tout seul, non mais !

Un instant la magnifique tête de la chienne rencontrée la veille sur la cinquième avenue lui envahit l’esprit. Il ne croit pas si bien penser puisque… puisque elle est là devant lui, plus belle que jamais !

― « Toi ! »

― « Vous ? »

Sale mijaurée !...

« On dirait qu’ils s’apprécient A la bonne heure ! Oh, Aurore tout est merveilleux aujourd’hui. »

Même pas vrai !

« Hello Dolly ! »

― « Ah, ah, un peu facile, certes mais je te reconnais bien là Aurore. Toujours les bons mots, la petite allusion…

Laissons les tous les deux, les bêtes avec les bêtes et les animaux parlants avec les animaux parlants. Passons donc au salon pour prendre le thé. Paloma va nous rejoindre dans un instant. Tu verras quelle charmante petite-fille c’est. »

Les bêtes avec les bêtes ! C’est de la ségrégation ça ! Si elle savait ! Mais chuuuuuut… C’est un secret. A voir ce que je vois et à entendre ce que j’entends, j’ai le cerveau en ébullition moi !

En attendant soyons obéissant (j’ai promis !). Suivons la pimbêche !

 

*****

 

― « Alors Manhattan ? Impressionnant, n’est-ce pas ? »

― « Grandiose ! Vraiment à part. Toute cette envolée de gratte-ciel comme un espoir, un défi, une promesse, c’est selon » !

― « Bien résumé. Cela va te paraître bizarre mais maintenant que je vis ici avec Alessandro, je ne pourrai plus habiter ailleurs, malgré le bruit, le rythme de vie. L’hiver est un peu rude mais hop, une semaine ou deux à Miami et la vie est belle ! Quel dommage que nous partions après-demain, nous n’allons pas nous voir beaucoup. Mais vous reviendrez, n’est-ce pas ? Paloma reste ici pour l’école. Maria et Phil s’occuperont d’elle. Tout à l’heure nous emmenons Dolly à sa pension ; c’est trop compliqué de la prendre avec nous, tu comprends. Mais, j’y pense, pourquoi ne pas venir avec nous voir l’endroit et laisser votre chien quelques jours si vous voulez visiter en paix. Il ne sera pas seul ; il aura déjà fait la connaissance de Dolly. Qu’en pensez-vous ? »

― « Pourquoi pas ! Mais il faut que cela soit du goût de Frago ! Tu sais notre chien est un peu spécial ! »

― « C’est ce que j’ai cru comprendre ! Et, je… Paloma, ma chérie ! Te voilà ! Viens vite dire bonjour. Je te présente Aurore, mon amie d’enfance et Jean, son mari. Assieds-toi près de nous.

Je ne devrais pas le dire devant elle mais c’est un ange et la meilleure élève du lycée français, parfaitement trilingue et tellement, tellement attachante, généreuse et joyeuse. Je crois que nous avons beaucoup de chance Alessandro et moi. A dix ans, elle est si raisonnable. Et puis c’est un petit écrivain en herbe, elle compose de si jolies histoires ! Tiens mon cœur, prends un muffin. »

 

*****

 

Alors là les oreilles m’en tombent ! Elle me fait les yeux doux maintenant ! Qu’est-ce qu’elle croit ? Que je vais me coucher devant elle !

Cours toujours !

― « Alors comme çââ, tu as sauvé un enfant et tu vas recevoir une médaille » ?

Dolly papillonne des yeux et bat des cils.

Ah, nous y voilà ! « Histoire éternelle

Qu’on ne croit jamais

De deux inconnus

Qu’un geste imprévu

Rapproche en secret »![1]

― Oui, heureusement que j’étais là, sinon…

― « J’ai toujours su que tu étais brââve ».

Tu parles, Marie-Chantal ! Elle est belle mais je ne m’habituerai jamais à son aboiement pointu !

― « J’ai toujours aimé les chiens intelligents et photogéniques. Je t’ai vu sur CNN. Qu’est ce qu’il faisait là cet enfant sur ces escaliers » ?

Il s’était mis en tête de toucher les décorations en haut de l’immeuble.

― Tout en haut ! Il se prenait pour Superman ! En attendant Paloma n’aurait jamais fait une chose pareille.

― Paloma ?

― Oui, ma maîtresse… enfin la fille de ma maîtresse plus exactement. C’est elle qui s’occupe de moi. Elle a dix ans, elle est géniale : tellement gentille et super douée. Tu verras, tu vas faire sa connaissance. Elle adore les chiens, tous les animaux en fait. Et en plus, elle est très mignonne.

 Tout le monde est beau dans cette famille ! Dans la Famille La Beauté, je voudrais la mère, la fille, la chienne… le père… celui-là, je ne sais pas encore !

― Mais pourtant, ce n’est pas elle qui te promène ?

― Tu sais, il y a l’école et puis New-York est une ville immense et elle ne peut pas me promener très loin alors il vaut mieux que ce soit un promeneur de chiens. On ne sait jamais, tu vois.

Ça pour voir, je vois ! Ce n’est pas toi avec tes ongles laqués et tes dents bling bling qui vas la défendre en cas de problème, ça c’est sûr.

A cette pensée Fragonard se met inconsciemment à grogner et à montrer les dents.

Qu’est-ce que j’ai dit ? Dolly lui lance tout à coup de longs regards éplorés.

Voilà comment j’aurais dû agir hier au lieu de lui faire les yeux doux. Ce qu’il faut, c’est avoir l’air fort !

« Dolly, Frago, venez pointer le bout de votre nez. Paloma veut vous voir. »

Tiens, quand on parle du loup…

― Allez, viens, tu vas faire la connaissance de la petite fille la plus merveilleuse de New-York.

N’exagérons rien tout de même !

Jouons-la, « french lover » !

Je t’en prie passe la première.

Aaaaaaaah, c’est la plus belle croupe que j’aie jamais vue !

 

*****

 

― « Alors c’est toi le héros, viens que je te fasse un énorme bisou ».

Une belle petite fille aux cheveux châtains vêtue d’une jupe plissée grise et d’un blazer bleu marine se précipite vers lui, met ses bras autour de son cou et lui pose un baiser sur la tête. Un léger parfum de violette envahit les narines de Fragonard.

Plutôt fatigant la célébrité mais pas mal non plus !

Fragonard laisse échapper un gros soupir.

― « Regardez-le comme il soupire d’aise, » lance Aurore en lui adressant un regard tendre.

― « Il est encore plus beau en réalité qu’à la télévision avec ses yeux de pharaon (ça je sais, c’est ce qui fait tout mon charme… Je n’y peux rien, je suis irrésistible !). Je suis sûre que nous allons être amis. »

« Comme je le disais à Aurore nous allons nous rendre à la pension ensemble et si nos amis veulent visiter New-York tranquillement, ils pourront y laisser Frago quelques jours. Il ne sera pas dépaysé ; il y aura Dolly. Tu viens avec nous, je suppose Paloma ? »

―  « Bien sûr maman », et se tournant vers le chien : « Tu vas voir Frago, c’est une pension extraordinaire, il y a absolument tout ce que tu veux. ABSOLUMENT TOUT » !

Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Une pension ? Pour pouvoir visiter tranquillement ! Il ne manquerait  plus que ça ! Parce que moi, je n’ai pas le droit de visiter aussi ? Les lâches ! S’ils croient que je vais ma laisser faire !

― « Allez Fragonard, tu rêves ? On y va. »

― « Mais c’est Fragonard, son véritable nom ? J’aurais pu y penser ; je dois dire que je n’ai pas fait attention. Un si joli nom ! Pourquoi le lui avoir donné alors si c’est pour l’appeler Frago la plupart du temps ? Quel dommâaage !

Enfin quelqu’un qui m’approuve ! Et encore elle n’a pas tout entendu : Frafra par ci, Frafra par là ! Le « débile » viens là, assieds-toi ici !

C’est toujours une petite consolation avant cette pension !

 



[1] Paroles de Mulan de Walt Disney.



20/10/2020
0 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 6 autres membres