FRAGONARD

FRAGONARD

Fragonard à New-York. Chapitre 4: AU BONHEUR DES DOGS

AU BONHEUR DES DOGS

 

 

― « Oh mais voilà notre Dolly ! Viens ma belle ».

Qu’est-ce que c’est que cette femme ! Avec toutes ces breloques autour du cou, on dirait un sapin de Noël ! Et ce rouge à lèvres ! Plus écarlate, tu meurs ! On dirait qu’elle a un morceau de viande à la place des lèvres ! Dangereux, ça, très dangereux dans une pension canine !

― « Hello Sally, comment vas-tu ? J’ai amené avec moi de très chers amis. Ils sont à Manhattan durant trois semaines et ils seraient peut-être intéressés par la pension quelques jours pour le chien que voici. »

― « Je te reconnais toi ! Tu es le sauveur de Rory. Exceptionnel, tout simplement EXCEPTIONNEL !

Et il a de ces yeux ! Je suis sûre que la pension te plaira ! »

Je ne comprends pas tout mais ça sert quand même d’avoir sa panière à côté d’Aurore quand elle regarde CNN[1]. Un peu CasseNosseNosse quand je veux faire la sieste mais pas tout à fait inutile. La preuve !

― « Suivez-moi avec votre adorable amour, madame, monsieur, je vais vous montrer toutes les commodités.

Et toi Dolly, tu nous suis si tu veux puisque tu connais déjà la maison ».

― Ne t’en fais pas mon ami, je ne vais pas te laisser tout seul. Mes trucs et mes petits secrets, ça peut t’intéresser, non ?

Tu parles ! Quel pot de colle !

― « Alors voilà comment se présente la pension : ici, vous avez la salle de jeu »…

Dolly prend le relais de Sally et entreprend de commenter elle-même la visite pour Frago :

― « Tu vois comme c’est beau ; la salle de jeux est gigantesque et il y a toutes sortes de ballons ».

Qu’est-ce que c’est que ce sol en synthétique ? On dirait un terrain de basket sauf que je ne suis pas Tony Parker ! Quel horreur ! Ça glisse. Et si je veux cette balle, là, la noire ? Qu’est-ce qu’il fait avec, cette espèce de bouledogue ? Il la garde à côté de lui sans même la faire rouler. Tiens, allons lui prendre… Juste pour voir !

GRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRR !

Ah mais, c’est qu’il a mauvais caractère ce nabot ! Pourquoi grogne-t-il puisqu’il ne s’en sert même pas ? Juste pour m’embêter, je parie !

― Ça, c’est Blackie, un peu caractériel mais sympa.

Evidemment quand tu es dans la salle, il faut que tu partages…

Partager et puis quoi encore ! Il ne se servait même pas de sa balle, je te dis !

― Et que tu ramènes la balle que Bill te lance.

Bill ! Qui est-ce celui-là ? Ah, ce grand échalas ! On dirait Dingo ! Parce que pendant des heures, il faut courir et lui ramener bien sagement la baballe .C’est parfaitement stupide ! Et d’un ennui ! Moi, ce que j’aime, c’est courir !

― Là, c’est la piscine, on y va une fois par jour, le matin.

Une piscine ? Pour nous les chiens ?

― Regarde, Sandy fait nager Stacy ! Et après on te sèche dans un peignoir et si tu veux on te fait un massage aux huiles essentielles pour te réchauffer.

Un peignoir, un massage aux huiles essentielles ! Quand Aurore en met dans son bain, ça pue ! Non merci. Et ça va me démanger ; je n’aime pas me gratter moi !

Mais, dis donc tu es un sacré rouspéteur, toi !

Et toi une snobinarde !

Ââdmettons que je n’ai rien entendu ! On continue la visite. Là, tu as le réfectoire.

Ah enfin les choses sérieuses !

Tu as ton bol à ton nom rempli des croquettes que tes maîtres ont choisies. Tu peux avoir des bouchées minceur si tu veux.

Minceur ! Je ne suis pas obèse moi ! Je cours, je fais du sport. Le roi du Kitedog qui est-ce ?

Regarde, là, c’est le panier de gourmandises. Quelquefois quand Jenny a le dos tourné je viens en secret, juste après la sieste. C’est l’idéal ! Ici se trouvent les tubes de viande hachée, là les biscuits.

La viande en tube ! Comme dans la navette spatiale ?

Tu vois, ces tubes ont une ouverture spéciale. Ils n’ont pas de bouchon mais une sorte de pellicule qui laisse passer la viande quand on le presse avec la patte. Impressionnant, non ?

Tiens, j’en fais tomber un discrètement. Regarde ; tu as l’empreinte des coussinets moulée dessus. Tu mets ta patte, tu appuies, la viande sort et hop tu n’as plus qu’à te régaler !

Glurp, glurp, glurp…Poouahhh ! C’est infect ! Pooouahhhhhh ! Il faut que je me rince la langue !

C’est peut-être le parfum que tu n’as pas aimé ?

Parce que la viande est parfumée ?

Tu as choisi bubble-gum. Mais il existe aussi coca !

Je n’ai rien choisi du tout d’abord ! Bubble-gum ; je n’y crois pas ! Ou coca ! Moi, j’aime la viande qui sent la viande !

Ce que tu peux être compliqué !

On arrive au dortoir. Si tu as le sommeil léger tu peux avoir une chambre particulière. Moi, par exemple, j’en ai une. Je ne supporte pas les ronflements de Bella !

Saint Bernard, je t’en supplie ! C’est carrément Vol au dessus d’un nid de coucous ici !

― « Et voilà notre fleuron ! »

La propriétaire des lieux prend un air presque solennel.

Je crains le pire !

« La salle de lecture. Regardez comme ils ont l’air heureux autour de Jane à écouter la lecture des cartes postales que leur envoient leurs maîtres des quatre coins de la planète. Regardez leurs yeux ; ne comprennent-ils pas tout ?

Moi, ce que je comprends c’est que je ne resterai pas dans cette pension de fous. « Les cartes postales que leur envoient leurs maîtres » ! Non mais je rêve ! Est-ce que moi, j’en envoie à Hakim[2] ? En tout cas, ça me donne une idée qui me rayera définitivement de leur liste !

― « Regardez la petite Percy, on dirait qu’elle a la larme à l’œil ! »

Vous allez voir ce que vous allez voir !

Hop, je fonce, je prends la carte, je la déchire en mille morceaux et pour parfaire le tout… JE LES MANGE ! JE LES MANGE !

RRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRR !

― Mais, madame, monsieur, votre chien est fou. Il vient tout bonnement de déchiqueter les mots d’amour de monsieur et madame Beautifulbody ! Mon Dieu, mon Dieu, que vais-je leur dire ? Oh, mon Dieu !

Les mots d’amour de monsieur et madame machin chose…. JE LES MANGE !

― « Mais voyons Fragonard, qu’est-ce qu’il t’a pris ? »

Aurore et Jean sont rouges de honte sans parler de Marie-Laure qui ne sait quel visage afficher. Seule Paloma semble avoir un petit air malicieux au coin des lèvres.

Je suis rayé de leur liste. RAYE DE LEUR LISTE DEFINITIVEMENT !

Mais, oh là là, j’ai la nausée et un drôle de goût sur la langue ! Je parie qu’elle était parfumée aussi, cette carte postale ? A… A… La rose… ça ressemble à l’odeur de Tatie Rosanne ! Je déteste les roses !

Oh là là, j’ai le tournis !

― « Oh ! Jean, aide-moi, s’il te plaît ! Fragonard a tout vomi ! »

La voix d’Aurore tremble de larmes rentrées.

J’en ai peut-être un peu trop fait mais ça va vraiment mieux ! Ouf !

 

*****

 

― « Marie-Laure, je suis tellement désolée. J’espère que je ne t’ai pas trop ridiculisée ? »

― « Ce n’est rien tu sais. Je crois qu’ils ont l’habitude ; ils on dû en voir d’autres ! Les bêtes ne savent pas ce qu’elles font. »

Oh que si ! Je l’ai bien fait exprès !

« Je pense qu’avec le voyage, le décalage horaire, Fragonard n’a plus ses marques. Et puis New-York doit tellement le dépayser ».

― « Il est vrai qu’il avait pris l’habitude d’une vie paisible au Maroc. Il avait, de plus, un adorable petit ami qui s’occupait de lui… »

― « Avec lequel il était toujours fourré tu veux dire ! »

― « Oh Jean, ne sois pas si sévère, tu sais bien que c’est une merveilleuse amitié. »

― « Je peux très bien être son amie new-yorkaise. »

Le visage de Paloma s’éclaire d’un large sourire.

― « Il doit être tout déboussolé ; il a besoin qu’on s’occupe de lui. S’il restait à la maison ce soir ? Il pourrait m’accompagner à l’école demain. Je le présenterai à mes copines. Après tout, elles seront éblouies de voir le sauveur de Rory. Je suis sûre que Fragonard a besoin d’une présence. S’il te plaît maman, peut-il rester ? On le mettra dans la panière de Dolly. Tout est déjà prêt ! »

― « Je ne sais pas si c’est bien raisonnable et si ton père appréciera mais après tout, pourquoi pas ! Maria est là ; Aurore et Jean pourront passer le reprendre à l’entrée de l’école. Alors, soyons fou, c’est oui ! »

― « Oh merci beaucoup mummy » !

Je sens que je vais faire mon petit effet demain matin !

Hum, hum, hum… Mais peut-être pas auprès de qui tu crois !

 



[1] Hé oui, moi je regarde les grandes chaines de télévisions américaines avec ma maîtresse !! On est « intello » ou on ne l’est pas !! Non mais !

[2] C’était mon super copain dans le tome 1 de mes histoires !



10/11/2020
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