FRAGONARD

FRAGONARD

Fragonard à New-York. Chapitre 5: EN ROUTE POUR BROADWAY

CHAPITRE 5

 

 

EN ROUTE POUR BROADWAY ?

 

 

Je me sens tout ragaillardi ce matin. Qu’est-ce que j’ai bien dormi ! La panière de Dolly sentait un peu le parfum mais les coussins étaient tellement moelleux !

J’ai des fourmis dans les pattes. Si j’allongeais un peu la foulée ? Voyons voir…Si je jouais les marathondog ?...

― « Hé Fragonard, pas si vite. Tu as eu un petit déjeuner de roi mais il ne faut pas courir sur les trottoirs comme ça ! Attends-moi un peu. »

« Tu n’es pas pressée d’aller au lycée, la petite surdouée » ?

― ?... Tu parles !

― « Qu’est-ce que tu crois ? Je suis un chien spécial, un peu surdoué comme toi mais chuuuut c’est un secret. Personne ne doit savoir. Et j’ai même la langue bien pendue ! »

Fragonard sort sa langue et la fait pendre le plus bas possible.

― « Je suis même multi-langues ! »

Il ouvre la gueule et se met à actionner sa langue comme un fou de gauche à droite, de bas en haut, de droite à gauche… A n’en plus finir.

Paloma éclate de rire :

― « Tu es vraiment un chien trèèès spécial, toi ! »

Ça, c’est sûr Paloma, croquettes au coca !

 

*****

 

Tous deux arrivent devant un magnifique immeuble de verre et d’acier dont la façade est ornée par un blason unissant les drapeaux français et américain. A l’entrée un agent de sécurité vérifie l’identité des visiteurs. Fragonard n’en revient pas. Il est encore plus impressionné quand il voit l’incessant ballet des limousines déversant enfants et adolescents un cartable sur le dos.

Oh, là, là, très chic cet établissement !!

Tout à coup, il a l’impression de ne pas être à sa place avec ses poils et son odeur de chien. Il regarde les grands panneaux de verre rutilants. Pour une fois il se sent tout petit. Instinctivement il rabat les oreilles.

― « Ne te laisse pas impressionner, tout le monde est très gentil, tu sais. Hi, May, how are you ? Tu as fait tes exos de mandarin ? »

May, quel drôle de n…

― « THAT’S IT, THAT’S IT ! C’est lui ! »

Fragonard tourne la tête. Qui a osé l’interrompre dans ses pensées ? Il voit un visage plein avec de grosses lunettes rondes qui le scrute de très près, d’un air d’intense satisfaction comme s’il avait l’intention de l’emmener.

Et c’est d’ailleurs ce que veut faire l’homme :

― « Exactement le chien qu’il me faut : l’expression, l’allure, la stature… la couleur même ! Et le regard, oui surtout le regard ! »

Aussitôt Fragonard ne se sent plus aussi déplacé devant ce magnifique bâtiment. Mais il n’est pas à vendre, surtout pas ! Un vent de panique souffle à ses oreilles.

Aurore, Jean où êtes-vous ? Vous deviez venir me chercher maintenant à l’entrée de l’école. On veut me prendre !

Il se retient de prendre les pattes à son cou et de s’enfuir loin, loin, très loin. Mais où irait-il dans cette ville tentaculaire ?

Paloma se tourne vers le petit homme qui est en fait le père de May.

― « Bonjour monsieur Speilman. C’est un chien magnifique, n’est-ce pas ? Et un sacré héros ! »

― « Un sacré héros ? »

― « Ne me dites pas que vous ne le reconnaissez pas ! Le sauveur de Rory, le petit garçon suspendu dans le vide ! »

― « C’est ça, tout à fait ça ! Je pensais bien, outre sa beauté naturelle (n’en jetez plus !) que c’était un chien remarquable ! Splendide ! Epoustouflant ! Il me le faut pour : Grâce, un destin. »

― « Grâce, un destin ? »

Paloma a l’air aussi perdue que moi on dirait !

― « Mais voyons ma prochaine comédie musicale à Broadway ! May ne t’en a pas parlé ? »

Paloma a envie de répondre que May et elles ont bien d’autres sujets de conversation que les spectacles de son père mais elle se tait prudemment.

― « Je suis en train de mettre sur pied une version un peu romancée de la vie de Grâce Kelly, future Grâce de Monaco et il me faut un chien et ce chien, C’EST LUI ! »

Fragonard voit un doigt plutôt grassouillet pointé sur son museau. Il le lui croquerait bien volontiers pour punir son propriétaire de tant d’assurance.

On ne fait pas de moi ce que l’on veut en me montrant comme ça ! Non mais !

Fragonard ne peut cependant s’empêcher de se sentir très flatté. BROADWAY !  

Le Broadway dont Aurore et Jean ont tant parlé avant de venir, avec des étoiles dans les yeux.

― « Eh bien toi, tu es vraiment le roi, ajoute Paloma : hier sur CNN et aujourd’hui demandé par le plus gros producteur de Broadway. Et dire que tu viens à peine d’arriver ! Je me demande comment tu fais. »

La recette, c’est la beauté et l’intelligence !

― « Décidons-nous. Time is money. C’est ton nouveau chien ? Qu’avez-vous fait de Dolly ? »

― « C’est le chien d’amis de mes parents. Il m’accompagne à l’école ; ses maîtres doivent venir le chercher. Tenez les voilà ! Ils »…

Sans plus écouter Paloma, le père de May se précipite vers Aurore et Jean.

― « Hi, dear : Artie Speilman. J’ai des contrats dans ma limousine : 30%, 70%... Peut-être 40%, 60% puisqu’il est déjà célèbre !

― « Mais monsieur, quel contrat ? Qui est déjà célèbre ? »

Artie Speilman paraît à peine déstabilisé et continue sur sa lancée :

― « J’engage votre chien. Il correspond exactement à l’animal que je recherche pour ma nouvelle comédie musicale. C’est LUI ! IL ME LE FAUT ! »

Le producteur semble être le genre de personne à qui personne n’ose résister. Aurore et Jean cependant le coupent dans son élan.

― « Ecoutez monsieur Spe »…

― « Speilman. SPEILMAN ! »

― « Veuillez nous excuser mais nous ne savons même pas exactement de quoi il s’agit. Tout ceci semble quelque peu expéditif. »

Bien envoyé !

― « Ecoutez, je n’ai pas beaucoup de temps. Je suis le père de May, la meilleure amie de Paloma. Je suis producteur à Broadway et votre chien correspond exactement à l’animal que je recherche pour ma nouvelle comédie musicale. Je suis prêt à lui signer un contrat en or ! »

En or !

Pendant une fraction de seconde, Fragonard se voit couché sur un énorme tas d’or, veillant jalousement sur son trésor comme un gros dragon !

― « Voilà ma carte. Appelez-moi jusqu’à ce soir, même tard. Je file, j’ai du travail. Je compte sur vous. Bye, bye. »

Il rejoint les enfants :

― « Bye May, bye Paloma. »

Il pose un baiser furtif sur la joue de May. Un coup d’épaule dans la direction opposée et tel Superman, le voilà déjà parti dans le brouhaha new-yorkais.

 

*****

 

― « Alors ça, je n’en reviens pas ! Je savais que le milieu du show business était un peu fou mais à ce point ! Il ne lui manquait plus qu’un cigare aux lèvres. »

Aurore part d’un grand éclat de rire.

― « Mais Artie fume le cigare, réplique Paloma d’un air malicieux. »

Tout le monde se met aussitôt à pouffer de rire.

Franchement, je ne vois pas ce qui est drôle ! Ils sont tous tombés sur la tête ce matin !

― « Vous savez, il a l’air un peu pressé comme ça mais tout le monde l’est à New-York ! Il est si créatif ; il a au moins une idée à la seconde ! Et il peut être tellement comique quelquefois ! »

― « Mais nous n’en doutons pas Paloma, nous n’en doutons pas », répond Aurore, un grand sourire aux lèvres.

Finalement, tout le monde a l’air très heureux. Si je me joignais à eux, moi aussi.

Fragonard se met tout à coup à aboyer comme un fou. Il se précipite sur Aurore et Jean, leur saute dessus et leur lèche copieusement le visage.

― « Fragonard a l’air parfaitement heureux. Jean, si on examinait la proposition d’Artie sérieusement ? Qu’en penses-tu ?

― « Je suis d’accord, ça pourrait être une sacrée expérience pour lui … et pour nous par la même occasion. Au début, au moins, parce que je ne sais pas si tu y as pensé mais nous ne sommes là que pour trois semaines et la comédie musicale va prendre beaucoup plus de temps que cela. C’est un sérieux problème. »

La voix cristalline de Paloma se fait tout à coup entendre :

― « Ce n’est pas grave, je l’adopte. Le temps de la comédie musicale bien entendu ! »

Adopté par cette jolie petite-fille ! Ça me va !

Fragonard se précipite vers Paloma pour lui lécher la joue.

Il faut faire de nouvelles expériences dans la vie même s’il va falloir supporter cette pimbêche de Dolly.

― « Tout est parfait alors », conclut Aurore. « Tu ne devrais pas t’attarder Paloma ; tu vas être en retard et je crois que personne n’apprécierait. »

― « Je me dépêche. Tu viens May ? Vous devriez emmener Fragonard à Central Park. Il y a des zones réservées aux chiens ! Il avait des envies de courir ce matin ; ça lui ferait du bien. Bye, bye. See you.

Un parc ? Super idée ma petite Paloma. Croquettes au coca…

Pas si sûr !

 



20/12/2020
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