FRAGONARD

FRAGONARD

Fragonard au Maroc: Chapitre 3

CHAPITRE 3

 

COMME PAR AZ-ZAHR

 

― C’est maintenant que tu reviens ? Où étais-tu passé ?

Depuis notre arrivée, tu n’arrêtes pas ! Tu es impossible ! Allez, au pied, on rentre. La voix stridente d’Aurore fait se retourner une petite fille.

Pffftt ! Je ramène gentiment un portefeuille et je me fais gronder. C’est trop injuste !

―  Nous avons encore tant de choses à ranger, tu nous fais perdre notre temps.

Perdre votre temps ? Je rêve ! Je vais jouer les muets, ils comprendront peut-être.

Aurore, Jean et Fragonard sortent de la médina et rentrent chez eux en passant par le centre de la ville. Le boulevard Mohamed V est bordée de belles villas blanches qui réfléchissent la lumière sous un ciel d’un bleu profond.

Tout est bleu et blanc. Comme chez les Stroumpfs ! Je vais peut-être me transformer en chien stroumpf.

Cette idée remet Fragonard de bonne humeur et c’est le cœur plus léger que, quelques instants plus tard, il pénètre dans la maison à la suite de ses maîtres.

A peine rentrée, Aurore se précipite dans la pièce qui leur sert pour l’instant de débarras et en revient avec la panière de Fragonard.

― Surprise ! Tu vois nous l’avons emportée sans te le dire et ça avec.

Aurore lève bien haut le plaid de Fragonard.

Elle veut se faire pardonner, c’est sûr. Elle a son sourire niais. Je ne vais pas me laisser faire. Qu’est-ce qu’elle croit ? Que je vais me rouler à ses pieds ?

Fragonard la regarde impassible, la tête bien droite, le museau en l’air.

― Tu vois, je vais te la mettre là, à côté de la fontaine.

Vraiment stupide ! C’est le genre de gazouillis qui vous met les nerfs en pelote ou vous donne envie de faire pipi : au choix.

― Qu’est-ce que tu rumines encore ? Tu sais, il va falloir t’habituer. Je t’installe TA panière et tu fais la tête. C’est difficile de tout quitter. Je comprends. Tu te feras des copains et plus vite que tu ne le crois.

En plein dans le mille ! J’en ai déjà un… et un Artiste, en plus. Il va falloir que je les fasse se rencontrer… « Comme par hasard » si je veux faire une petite visite à Hakim tous les jours. En attendant je vais m’installer dans MA panière, sur MON plaid.

― Tu vois chéri, j’ai eu une bonne idée de mettre sa panière ici, il y va spontanément. Je suis sûre que la fontaine va avoir un effet apaisant sur lui.

Ce que j’aime, c’est le « spontanément ». Effet apaisant, effet apaisant. Nom d’un chien, ce gargouillis ça m’agace mais ça m’agace ! Heureusement les oreilles tombantes, c’est utile quelquefois. Oh, mon plaid adoré, il sent… il sent… la maison. LA MAISON.

Soupir.

 

*****

 

Deux heures plus tard.

― Ouf, je suis exténuée. J’ai assez rangé pour aujourd’hui. Je vais m’asseoir un moment.

Une fois installée, Aurore prend un des prospectus que l’agence immobilière a laissé sur la table basse.

― Tiens Jean, c’est pour toi.

Il prend la feuille d’un air interrogateur ; Aurore fait semblant de ne rien voir.

― Le survol de la plage en ULM sur des kilomètres. Pourquoi me montres-tu cette publicité puisque tu es fille de la terre et ne jures que par les chameaux ?

― Eh bien, disons que je ne veux que ton bonheur mon chéri. Tu n’as qu’à y aller avec Fragonard.

Quoi ?... On parle de moi. Pour aller où ? Nom d’un Labrador, je n’ai jamais aussi bien dormi. Que disent-ils au juste ? Je vais aboyer pour voir.

― Tu vois, il a l’air d’accord.

― Tu crois vraiment qu’ils prennent des chiens à bord ?

A bord ? A bord de quoi ? Je vais aller jeter un coup d’œil.

― Ça ne sert à rien de parler dans le vide. On va y passer. Il doit bien y avoir une adresse.

Qu’est-ce que c’est que ce truc… On dirait un énorme coloptère[1]. Oh non, ils ne vont pas me faire ça ! L’avion une fois, ça suffit. Vite ma panière, que je m’aplatisse.

― Tu t’es peut-être un peu vite avancée. Il n’a pas l’air ravi.

― En attendant, on n’a pas grand chose à manger pour ce soir. Si on retournait à la médina ?

― Encore !

― Tu préfères le super marché ? propose Aurore en lui faisant un superbe clin d’œil.

Comme d’habitude je vais décider…La médina bien sûr… Parce que moi j’ai une rencontre à vous faire faire. HAKIM, ME REVOILA ! Postons-nous à ses pieds, aboyons sans agressivité. Tout en délicatesse. Le tour est joué !

― Direction la médina, claironne Aurore. On ira voir pour l’ULM aussi. Tu prends la laisse, Jean. Ça va être invivable dans la médina, sinon.

Invivable !... Est-ce que j’ai une tête d’invivable, moi ?

 



[1] Oups ! Bizarre. Je crois que je me suis emmêlé les pattes : j’ai dû mélanger hélicoptère et coléoptère.



28/04/2020
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