FRAGONARD

FRAGONARD

Fragonard au Maroc: Chapitre 5. Excité comme une puce!

CHAPITRE 5

 

 

EXCITE COMME UNE PUCE !

 

Pendant ce temps Fragonard détale. Il sait très bien où il va aller se réfugier… Auprès d’Hakim. Il l’a protégé une fois, il le protégera une seconde.

Je crois que j’ai fait une belle bêtise. Je n’allais tout de même pas me laisser impressionner par cette saucisse à ressort ! A ma manière, j’ai mis de l’animation. Il faut tenir son rang : Fragonard premier ne succombe jamais ! Je n’aurais peut-être pas dû mordre. C’était tellement tentant un petit coup de dent.

Il y a toujours autant de monde dans cette médina. Je me faufile et j’avance. Je connais les lieux maintenant. Encore quelques boutiques et j’y suis. Hou là, l’étal de Sabir ! Il ne doit pas m’attraper. Cachons-nous derrière ce groupe en djellabas. Pratique, finalement. Hop là, ni vu, ni connu…encore quelques petites foulées et je m’engouffre chez Hakim avec la vitesse de l’éclair.

― Hé, toi là, tu crois que je ne t’ai pas vu ? Pas de chien ici. Décampe !

Hou là, hou là ! Il faut que je fonce. Quand je serai à côté d’Hakim personne n’osera me chasser.

Il est ici, ouf !

― Qu’est-ce que tu fais là ?

― Comment ça, qu’est-ce qu’il fait là ? Tu le connais ? Pas de chien dans la boutique, Hakim. PAS DE CHIEN ! C’est un atelier de zelliges.

Qui est-ce, celui-là ?

Devant lui se dresse un homme plutôt grand, les cheveux très noirs avec une épaisse moustache.

― Papa, c’est Fra…c’est un chien que j’ai sauvé ce matin.

― Sauvé ?

― C’est Sabir. Tu sais comment il est. Il l’a accusé d’avoir fait pipi sur ses épices et ce n’était pas vrai. Il allait le ratatiner et…

― Parce que tu joues les justiciers maintenant ?... Pour les chiens ? Ici tout est fra…Il s’interrompt soudain comme s’il venait de redonner forme à de douloureux souvenirs. Il se passe la main sur le front et répète mais moins fermement son interdiction.

En guise de réponse Hakim lève la main.

― Je le conduis à ses maîtres, je reviens.

― Tu ne traînes pas.

Hakim emmène Fragonard en dehors de la boutique. Ils se mettent tant bien que mal à l’écart entre deux échoppes.

― Qu’est-ce qu’il t’a pris de rentrer comme un fou dans la boutique ? On aurait dit que tu avais Zanzib à tes trousses. Tu sais, tu n’as pas mis papa de ton côté !

― Zanzib ?

― Zanzibar. C’est un chien, un molosse. Orange. Enfin…roux, si tu préfères.

 Et pas commode, crois-moi ! Tu ne l’as pas encore croisé, on dirait. Remarque, il n’est pas mauvais, mauvais…mais tu n’as pas intérêt à te mettre en travers de sa route.

― Pourquoi est-ce que je le ferai ? J’ai déjà gaffé avec le charmeur de serpents, alors tu vois.

― Le charmeur de serpent ?

― Mes maîtres regardaient le spectacle près des remparts et…j’ai fait une bêtise. C’est une de ces saucisses à écailles qui a commencé à me fixer comme un fakir ! J’ai aboyé. Jean a lâché ma laisse. Les serpents sont partis dans la nature ; j’en ai même mordu un à la queue. J’ai détalé ; tu connais la suite.

― Une saucisse à écailles qui te fixait comme un fakir. Tu me fais trop rire ! N’empêche, tu aurais pu te faire sérieusement piquer.

― Me faire piquer ? Plus rapide que moi, tu meurs.

― Tu ne connais pas les serpents d’ici ! Dis donc, tu ne serais pas un peu vantard ?

― Vantard ? Moi ?

Fragonard penche la tête de côté.

―  Tu plaisantes?

Il reprend plus bas :

―  Je ne sais pas, en faisant son regard de cocker.

― Comédien !

Hakim lui rabat les oreilles sur les yeux.

― «  Cache-toi. Bon, en attendant, les émotions, ça creuse. Viens, on va voir Aziz. Tes maîtres attendront ».

― Ils vont me chercher.

― Allez, on revient vite. On se mettra devant la boutique, on les attendra et je ferai leur connaissance.

Hakim et Fragonard vont jusqu’au bout de la ruelle pour déboucher sur une minuscule place.

―  Salaam alekoum, Aziz. Dis, tu n’aurais pas une petite gourmandise pour mon nouvel ami?

Aziz fait un clin d’œil à Hakim puis se tourne pour prendre des restants de boulettes dans une boîte.

― Sans épices, je suppose. Tiens voilà pour toi.

Huuumm ! C’est bon. Le parfum est un peu bizarre mais ça se mange ! Tout compte fait, j’en reprendrai bien. En tout cas, c’est aussi savoureux que mes croquettes. Je fais une bêtise et on me donne à manger. C’est bien la première fois ! Un petit léchage de babines et hop.

―Regarde-le, on dirait qu’il apprécie.

― Ça en a tout l’air. En attendant je retourne à l’atelier. Choukrane.

Choukrane, c’est joli. Ça me plaît. Je retiens. Je suis un chien bi-langues, moi ! Hi ,hi, hi.

― Alors ?

― Un petit peu spécial mais génial. Je me familiarise.

Hakim éclate de rire.

― Ça te fera du bien parce qu’à mon avis tu vas te faire sérieusement gronder.

Fragonard soupire.

Ils viennent à peine de se poster devant la boutique qu’Aurore et Jean arrivent.

― Te voilà, toi ! Qu’est ce que tu fais là avec cet enfant ? Tu t’es trouvé un protecteur, c’est ça ? Hein ?

Aurore toute rouge hausse le ton.

― Jean, mets-lui la laisse et ne le lâche pas.

C’est bon, c’est bon, je ne vais rien faire !

― Tu t’en sors bien. Le charmeur a récupéré toutes ses bêtes et ne nous en veut même pas. En attendant Fragonard (houlà là !) tu es puni, tu m’entends ?

Pour ça j’entends ; les oreilles tombantes, ça sert à ne pas devenir sourd !

― PUNI ! Une demi portion de croquettes, voilà tout ce que tu auras ce soir et tu ne sortiras plus de la journée, ni même demain, tu resteras dans le jardin… DANS LE JARDIN !

Alors là, raté ! Ça m’est bien égal. J’ai déjà mangé, figurez-vous. Merci de me sauver de l’indigestion. Et puis je serai très bien dans le jardin, je surveillerai… ou je n’arrêterai pas d’aboyer ! Hi, hi, hi.

― Venez, je vais vous montrer ce que l’on fabrique dans l’atelier. Est-ce que vous savez ce que sont les zelliges ?

― Ma foi, non, mon petit. Comment t’appelles-tu ?

― Hakim

― Hé bien Hakim, fais-nous visiter et explique-nous ton travail. Non, s’il te plaît, ne caresse pas Fragonard maintenant, tu seras gentil. Il ne le mérite pas.

Je suis privé de câlins maintenant ! C’est nouveau.

Une heure et trois thés à la menthe plus tard, tout le monde a fait connaissance. L’atelier et l’art des zelliges n’ont plus de secret pour Aurore et Jean. Une table basse est même sur le carnet de commandes.

― Vous faites un merveilleux travail et toi Hakim, tu as des doigts de fée comme on dit chez nous. Tu es vraiment très créatif. Nous reviendrons.

Aurore et Jean se tournent vers le père d’Hakim :

― Vous avez un fils en or.

Monsieur Alami semble très fier de son rejeton et affiche un grand sourire.

― Et puis je crois que ces deux là – elle désigne Hakim et Fragonard du menton – ont des choses à se dire. Vous savez notre chien n’est pas méchant, juste un peu… comment dirais-je… désorienté.

« Comment dirais-je, comment dirais-je » ? Princesse va ! Je fais tout ce que je peux pour me familiariser et je deviens le désorienté de service ? Pourquoi pas azimuté, frappé ? Et allez ! Pfffttt.

Le visage du père d’Hakim se rembrunit légèrement comme si la dernière remarque d’Aurore ne trouvait pas d’écho chez lui.

Ce n’est pas gagné, on dirait. Pourtant je suis beau, bien fait, intelligent et rare, personne ne me ressem…

― Salaam alekoum Hocine.

― Salut, mon frère. Il y a des jours où on ne te voit pas du tout et aujourd’hui tu es venu ce matin et te revoilà déjà. Quelque chose ne va pas ?

― Abdel m’a dit qu’Hakim avait trouvé un portefeuille et comme j’ai perdu le mien… Tout neuf, en plus.

― Hakim, as-tu trouvé un portefeuille ?

― Pas moi, LUI.

Il montre avec fierté Fragonard.

―  J’ai oublié de t’en parler mais je l’ai dit à Abdel, Ramzy, Abdhallah, Azim, Djamel, Mohamed, Sofiane, Hassan, Kar…

― Stop, Hakim. STOP !

Hé, oui, c’est moi le héros.

― Comment ça, lui ?, renchérit son oncle incrédule.

― Je l’ai bien vu : le portefeuille était par terre, il l’a pris dans sa gueule, il est venu me le donner. Je l’ai rangé sur l’étagère là-bas.

Hakim rentre dans l’atelier et en ressort l’objet à la main en le montrant fièrement.

― C’est bien ça.

L’oncle d’Hakim, soulagé, ouvre son portefeuille :

― Il ne manque rien.

Tout à coup, le père d’Hakim porte un autre regard sur Fragonard. Il demande à Aurore et Jean :

― Vous l’avez dressé ?

Dressé, moi ? Parce qu’un chien, c’est bête ?

Aurore est rose de plaisir :

― Non, pas spécialement mais c’est un chien intelligent.

Elle se tourne vers lui et le couve des yeux.

―  Je comprends mieux pourquoi tu es venu te réfugier ici, toi.

Enfin des propos sensés » !

― Brave chien.

L’oncle d’Hakim lui fait une caresse sur le crâne.

Ah, non, ça, c’est réservé à mes maîtres.

Fragonard vient juste de relever la tête quand il voit le père d’Hakim le regarder d’un air d’intense satisfaction.

Bon… Pour cette fois, je ne grogne pas. Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire !

Hakim en profite pour lancer un « à demain » joyeux à Fragonard puis tout le monde se sépare.

 



11/05/2020
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